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L’éducation peut et doit contribuer aux changements qui s’imposent.

 

Certes, transmettre, et mieux encore, aider les enfants à s’approprier le savoir,  apporte beaucoup de satisfaction.  C’est ce que les enseignants affirment volontiers, tout en se plaignant des conditions dans lesquelles ils s’efforcent de remplir cette mission.

Parmi eux, les « militants pédagogiques » sont en recherche pour améliorer l’aspect éducatif et social de leur fonction. Ils attendent légitimement une reconnaissance de cette recherche par l’institution et constatent que ce n’est jamais le cas, même quand les changements politiques semblent prometteurs.

Cet espoir est vain. La catastrophe écologique et humaine annoncée est l’occasion, « en même temps », de comprendre pourquoi …et d’envisager comment l’éducation peut et doit contribuer aux changements qui s’imposent.

 

  • Résumé

1/ nous prenons involontairement notre part dans la reproduction sociale et dans les processus de formatage  qui fonctionnent depuis Jules Ferry dont je propose une description sommaire .

2/  le besoin d’inventer une alternative éducative s’est manifesté d’une manière de plus en plus précise à la suite de divers évènements historiques. Egalement description sommaire.

3/ les alternatives qui ont pu se concrétiser (dans l’enseignement public) ont été ou sont encore tolérées parce qu’elles sont en nombre dérisoire et de ce fait ne peuvent contrarier le projet politique dominant.

4/ nous vivons aujourd’hui une régression, de nature thatchérienne (TINA : il n’y a pas d’alternative), face à laquelle la prétendue « liberté pédagogique » se réduit et la « résistance » est difficilement imaginable

5/  en revanche, une attitude offensive, justifiée par les menaces qui pèsent sur l’existence même de l’humanité, est susceptible d’être comprise par l’opinion. Offensive ayant l’ambition de provoquer une réflexion portant sur le « changement de paradigme » qui devrait s’imposer dans le domaine de l’éducation et mobiliser de très nombreux acteurs associatifs, universitaires, intellectuels, syndicalistes et politiques.

 

J’ai été, et vous êtes encore, agent de la reproduction sociale.

L’analyse de Bourdieu et Passeron se trouve de nouveau confirmée par les sociologues et divers économistes qui constatent que l’accroissement de l’inégalité scolaire accompagne fidèlement celui de l’inégalité sociale.

Le processus est accompagné d’un formatage des enfants et auquelnous prenons involontairement part.

Pour s’en convaincre, une brève histoire du formatage et des tentatives de s’y opposer peut être utile.

 

  • Au XIXe siècle et au début du XXe, il fallait « clore l’ère des révolutions» et éviter  « (…) que d’autres écoles ne se constituent, ouvertes aux fils d’ouvriers et de paysans, où l’on enseignera des principes totalement opposés, inspirés peut-être d’un idéal socialiste ou communiste emprunté à des temps plus récents, par exemple à cette époque violente et sinistre comprise entre le 18 mars et le 24 mai 1871 ». (discours du 23 avril 1879).

L’école  instituée par Jules Ferry avait aussi pour mission de préparer les enfants du peuple, à se discipliner et à acquérir un minimum de savoirs pour travailler à l’usine (les autres allaient au lycée et étudiaient le latin, le grec…). Partout en France, la journée devait commencer par la leçon de morale qui édifiait le respect de la famille, des institutions et de la propriété, et aidée, par l’enseignement de l’Histoire  conçue comme « roman  national », formait des patriotes, prêts au « sacrifice suprême ». Les enfants apprenaient les chants martiaux « Mourir pour la Patrie », « Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine… ».  Coût (total), 10 millions de morts (décomptés par Antoine Prost).

Première victime, un contestataire, Jaurès, assassiné 3 jours avant la déclaration de guerre.

Jaurès était conscient du danger de ce conditionnement quand il proposait dès 1886, que « la commune…puisse instituer des écoles d’expériences, où des programmes nouveaux, que des méthodes nouvelles  puissent être essayées ou des doctrines plus hardies puissent se produire »

 

  • Après la « grande »guerre, il fallait reconstruire, poursuivre et accélérer la modernisation. Le formatagereprend sans vergogne. Les enfants apprennent à vénérer les « artisans de la Victoire » (les généraux) et le 11 novembre, chantent la Marseillaise devant le monument aux morts. En septembre 1939 les enfants dont j’étais, regardent fièrement la grande carte murale qui révèle (en rose) l’ampleur de l’Empire français et répètent après Paul Reynaud «  nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts ». Après, ils ont dû chanter pendant 4 ans « Maréchal, nous voilà ».

 

De nombreux « poilus »étaient sortis des tranchées en jurant « plus jamais ça !». Parmi eux, selon Wikipedia,  « Célestin Freinetet Gustave Monod, gravement blessés, ont pris conscience de la nécessité d’une éducation qui s’adresse à tous dans un autre état d’esprit (…) Pour Freinet, il s’agit de mettre en place une  école du peuple, égalitaire et coopérative ». Intolérable. Freinet devra quitter l’Enseignement Public… Pendant cet après-guerre, les idées dites d’éducation nouvelle, également portées  par l’Ecole Emancipée, restent très minoritaires et n’affectent pas le processus de reproduction.

 

  • Après la  deuxième guerre mondiale, il fallait aussi reconstruire, de nouveau on se disait« plus jamais ça!», ce qui concernait la guerre mais aussi le fascisme. Le rôle de l’éducation est cette fois envisagé sérieusement. Le Conseil National de la Résistance donne naissance en 1946 au Plan Langevin Wallon. Les « classes nouvelles » sont expérimentées…  et fermées en 1952  « sous prétexte d’étendre leurs méthodes à toutes les classes » ! Entre temps les communistes ont dû quitter le gouvernement. Début de « la guerre froide ».

Le formatagerepart de plus bel. L’individualisme, « valeur » du « monde libre », est dopé par l’essor de la consommation de masse. Le « collectivisme » stalinien sert d’épouvantail. L’école note, classe, met en compétition, organise les filières, au service du libéralisme économique. Le formatage historique orchestré par De Gaulle, occulte la collaboration, le rôle de la police dans l’arrestation des juifs français, la réalité coloniale. L’Histoire reste au service du roman national. Toutefois , dans le contexte favorisant des « trente glorieuses », le corset culturel commence à craquer, le système scolaire, ses discriminations, ses inégalités, deviennent insupportables.

 

L’inspecteur Robert Gloton, président du GFEN, initie au début des années 60 les « écoles expérimentales du XXème ». Roger Gal (un des équipiers du plan Langevin Wallon) directeur de l’IPN s’y intéresse. L’idée « d’ouverture de l’école » apparaît moyen efficace de lutte contre ces inégalités, met en question le carcan institutionnel et anticipe le bouillonnement pédagogique provoqué par Mai 68.

Peu après,des municipalités, mettent en œuvre le « rêve » de Jean Jaurès.Saint-Fons, puis Villeneuve de Grenoble en 72 avec le soutien de la Recherche.

En 1982, ministère Savary. Ouverture des lycée autogérés de St-Nazaire , de Paris, du CLE (collège lycée, école Freinet) d’Hérouville St-Clair.

Cette brève période innovatrice subit, comme l’économie, le diktat TINA (there is no alternative) inauguré par Reagan et Thatcher et toujours dominant.

L’ouverture en 2002 du Collège Clisthène à Bordeaux fait évènement ! Aujourd’hui, le mouvement Freinet ne dénombre qu’une trentaine d’écoles affirmant leur appartenance.

 

  • Ce dénombrement, presque complet, des établissements plus ou moins en rupture avec le système dominant permet de dire que le nombre d’enseignants évitant de participer à la reproduction sociale et au formatage institutionnel, d’une manière significative, est dérisoire. Les autres font ce qu’ils peuvent pour ne pas être complicesdans des contextes souvent difficiles.

 

On peut oser dire ça :depuis Jules Ferry, il n’a jamais été possible de changer le système…

 

Aujourd’hui , avec Blanquer et Macron, les deux caractéristiques du système s’aggravent :

  • Reproduction. Le système qui se disait encore éducatif se transforme en entreprise. Les élèves sont des produits dont on va mesurersystématiquement la conformité en référence aux  « sciences cognitives ». La hiérarchie archaïque va laisser place au management. Une commission travaille sur une nouvelle structure : le principal du collège aurait pour adjoints les directeurs d’école, eux même recrutés sur concours et régissant à la fois maternelle et école élémentaire. Etablissements évalués, mise en concurrence. La maternelle qui était encore le temple de l’éducation, où les enseignant-e-s pouvaient agir en ayant le sentiment (pas la certitude !) de ne pas formater est maintenant soumise aux obligations de résultats.
  • Formatage. Retour aux « valeurs » du passé, autorité, syllabique, dictée quotidienne, progression codifiée ( y compris pour apprendre la Marseillaise !). On hésite encore sur l’uniforme par peur du ridicule, mais le salut au drapeau n’est pas exclu. Le « roman national » apparaît de nouveau indispensable pour reconstruire le sentiment patriotique. Le tout pour assurer « l’égalité des chances » puisque la formule ne fait plus rire.

 

On peut même penser que le système va être verrouillé et qu’il ne sera même plus possible de trouver des failles, des marges, des « libertés pédagogiques », pour tenter autre chose.

 

TINA ?  Peut-on quand même imaginer une « résistance » ? L’immobilisme du corps enseignant et l’impuissance syndicale peut en faire douter. Combien de militants pédagogiques sont prêts à prendre le risque  d’une « désobéissance civique »?

 

L’alternative  n’est pas la résistance, mais l’offensive.La mise en accusation un système éducatif incapable de prendre en compte l’avenir qui attend les enfants et que décrivent les scientifiques.

 

Ceux-ci sont en effet de plus en plus nombreux à braver de l’accusation de catastrophisme, maintenant que les évènements prévisibles se manifestent sur un rythme accéléré et sont partout rendus visibles par l’image. Ils osent nous avertir que l’avenir de l’humanité est en jeu.

 

Dans de nombreux domaines de la vie sociale, économique, culturelle, politique des militants envisagent, dans leur champ de compétence, les modalités d’un « changement de paradigme ».

 

Les militants pédagogiques pourraient, pour lancer l’offensive,  profiter de la prise de conscience qui va s’accélérer et de la nécessité absolue d’une « transition écologique ».Et à leur tour envisager le « changement de paradigme » que les conservateurs et réactionnaires chargés de…  l’Instruction Publique ( on ne peut plus parler d’Education Nationale), sont dans l’incapacité de concevoir.

 

Ils pourraient interpeller leurs collègues, les parents, sur le thème exprimé dans divers appels et un manifeste (1) : «ce sont nos enfants et nos petits- enfants qui vont subir les premières manifestations graves de cette catastrophe(…), ils n’échappent pas au sentiment diffus d’une menace » (…) il serait préférable  de leur proposer d’être, à leur niveau, acteursdans cette mobilisation ».

 

Ils pourraient décrire la pédagogie accompagnant cette mobilisation et  ses objectifs en termes  de savoirs, de savoir penser, de savoir-faire. Les mêmes appels se réfèrent à Edgar Morin celui-ci évoque :

«…la nécessité d’une pensée apte à relever le défi de la complexité du réel, c’est-à-dire de saisir les liaisons, interactions et implications mutuelles»

précise : « Notre écoledoit devenir une école de la construction de l’identité planétaire et des valeurs de solidarité et d’équité universelles. Elle doit devenir une école de la compréhension des grands enjeux sociaux, économiques et environnementaux, en même temps qu’une école de l’engagement local, de la participation et de la renaissance de la démocratie authentique. Une école de la transformation des relations sociales, du dialogue interculturel et de la valorisation des différences ».

« Ceci implique une approche systémique, véritable révolution dans la manière de penser le monde et de se penser dans le monde. Il faut apprendre à relier les éléments entre eux, montrer à quel point l’être humain est inscrit dans un ensemble et à quel point, chaque fois qu’il agit sur un des éléments, cela retentit sur la totalité. Il s’agit de permet aux individus de comprendre comment fonctionne le vaste monde dans lequel ils se trouvent; il s’agit de leur montrer comment, de fait et quoi qu’ils en pensent, ils disposent d’un pouvoir bien réel d’agir sur le monde et cela, tant au niveau local qu’au niveau national ou planétaire ».

 

Ils pourraient sur cette base prendre l’initiative de provoquer une réflexion portant sur le « changement de paradigme » qui devrait s’imposer dans le domaine de l’éducation susceptible de mobiliser de très nombreux acteurs associatifs, universitaires, intellectuels, syndicalistes et militants politiques.

 

 

Raymond Millot  le 30 septembre 2018  

  • Le manifeste «  Pour vivre ensemble à dix milliards, changeons l’éducation » lancé avant la COP21 a été signé par une douzaine de personnalités qui affirment la nécessité « (d’)une éducation intégrale et durable qui, au lieu de perpétuer les schémas de pensée qui nous condamnent à un développement insoutenable, formerait, à l’école et tout au long de la vie, des femmes et des hommes émancipés, innovants, conscients de leurs res­ponsabilités et de leurs choix, solidaires de tous les autres et attentifs à préserver leur résidence commune, la Terre. »(…)« Ce n’est plus d’un compétiteur dont nous avons besoin, mais bien d’un individu libre, émancipé, créatif, autonome, capable de construire des stratégies de vie fondées sur la solidarité et la coopération dans une claire compréhension des enjeux environnementaux, sociaux, culturels, politiques, scientifiques, techniques et éthiques
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À la Une

LA TRANSITION ECOLOGIQUE DOIT MOBILISER LE SYSTEME EDUCATIF (3)

   Le texte ci-après s’adresse à toutes les organisations qui militent pour la « Transition écologique ». Le corps social n’est pas prêt à en comprendre l’intérêt, mais il importe de décliner la notion de « transition » dans tous les domaines et en particulier dans le système éducatif dont l’importance est évidente. 

Le texte est de Raymond Millot, militant des mouvements pédagogiques AFL et GFEN.

 

LA TRANSITION ECOLOGIQUE DOIT MOBILISER LE SYSTEME EDUCATIF

CET APPEL S’ADRESSE aux associations, aux ONG, aux organisations politiques et syndicales qui militent pour une réelle « transition écologique » et qui envisagent les multiples ruptures qu’elle implique avec l’ordre existant.

Dans le domaine éducatif, deux faits incontestables y invitent :

1/ la persistance du mode de production capitaliste basée sur le profit, la révolution informatique, la mondialisation, et plus visiblement le réchauffement climatique, préparent un avenir difficile et peut-être dramatique  pour nos enfants et petits-enfants.

2/ les informations alarmantes qui leur parviennent, du fait qu’elles ne sont pas traitées, sont de nature à les perturber. Elles s’inscrivent dans leur inconscient. Elles amplifient leur tendance à se réfugier dans des activités coupées de la vie ou dans des pratiques dangereuses pour leur équilibre.

L’exemple japonais révèle les contradictions du système éducatif :

Les enfants apprennent très normalement à faire face aux secousses sismiques. Ils en étudient les données géologiques, géographiques, urbanistiques et se forment au secourisme. Ils acquièrent ainsi une résilience indispensable. En revanche, ils ne peuvent étudier de la même manière, les données scientifiques, économiques, médicales, écologiques de la catastrophe de Fukushima car la mise en question des choix politiques et des falsifications criminelles serait inévitable.

 Nos enfants et nos petits enfants vivent déjà dans une nouvelle ère que des scientifiques nomment anthropocène. Ils en subissent déjà certains effets, d’autres vont se manifester et vont bouleverser leur existence. En opposition avec l’exemple de Fukushima :

 

La transition écologique devrait porter le projet d’un système éducatif

  • qui n’occulte pas les problèmes
  • qui prépare les futurs citoyens à y faire face d’une manière lucide et active
  • qui oriente leur dynamisme vers les réalisations et les recherches d’alternatives
  • qui reste indépendant du gouvernement et de ses alternances politiques

 

Cette préoccupation se heurte à une tradition de programmes, de progressions, d’examens, à une formation des enseignants qui, quand elle existe, les enferme dans leur spécialité. Les difficultés que rencontre le modeste projet de travail interdisciplinaire en témoignent. Cette étude des phénomènes qui menacent l’humanité exigerait au contraire son renforcement, sa généralisation, et un statut de l’éducation qui cesse d’en faire un instrument de reproduction sociale

Les adultes de demain ont en effet besoin d’une pensée qui aborde tout problème comme un ensemble d’éléments en relations mutuelles, d’une pensée « systémique » qui peut et doit s’exercer dès l’école maternelle.

A cet effet l’école doit s’ouvrir sur les réalités du monde

Déjà, dans la vie familiale, les évènements dont sont témoins les enfants sont discutés, ne serait-ce que pour apaiser leur esprit. L’école se doit, systématiquement, de les accueillir, de les étudier, de les relier, d’examiner les réponses que la société ou une partie d’entre elle, tente de leur apporter (cf. le film « Demain ») et si possible d’y participer.

Qui plus est, cette ouverture permet aux enfants des milieux populaires de trouver un sens aux activités scolaires.

Les évènements qui parviennent aux enfants sont très différents, qu’ils habitent, à la campagne ou à la ville, dans un quartier  bourgeois ou en HLM, en montagne ou en bord de mer, près d’une centrale atomique ou près d’un barrage, dans une région agricole imprégnée de round up ou à proximité de serres  biologiques…

De ce fait, ce qui sera commun aux écoliers et aux collégiens ne sera pas les programmes mais le développement de cette pensée systémique, ce ne sera pas l’examen traditionnel, mais la production d’un « chef d’œuvre pédagogique » ou d’un « mémoire » qui devra témoigner des connaissances acquises et des compétences de tous ordres qui permettent de les présenter.

C’est d’ailleurs ce qui est demandé dans les études supérieures. Si les lycéens avaient connu la pratique du mémoire, du chef d’œuvre pédagogique, ils seraient moins nombreux en difficulté à l’université.

La Finlande, dont les résultats au PISA sont remarquables, projette de supprimer dès 2020 toutes les matières scolaires … « pour créer un système qui soit adapté au XXI° siècle »

 La transition écologique y invite également car

l’éducation est un facteur majeur de sa réussite.

 

CET APPEL est lancé par un groupe de « pédagogues » et d’élus locaux, pour qui l’éducation est l’affaire de tous, et pas seulement de l’institution scolaire.

   Les propositions qu’il développe sont issues d’une longue expérience en opposition avec la fonction sélective de l’institution : écoles et collège « ouverts » sur l’environnement physique et social à l’échelle d’un quartier, actions en faveur des « décrocheurs », éducation populaire à l’échelle d’une ville…

MILLOT, Raymond : « LA TRANSITION ECOLOGIQUE DOIT MOBILISER LE SYSTEME EDUCATIF »  octobre 2017

rr.millot@wanadoo.fr

Bibliographie

Une voie communautaire : les écoles de la Villeneuve de Grenoble / par Rolande et Raymond Millot ; préface de Bertrand Schwartz / [Paris] : Casterman , impr. 1979

Lire de zéro à 5 ans [Texte imprimé] : dossier / Monique Eymard, Yvanne Chenouf, Raymond Millot / Paris : AFL , cop. 1988

Émancipation : avenir d’une utopie : perspectives éducatives pour une société en mutation / Raymond Millot / Lyon : Voies livres , 1997

Vivre à l’école en citoyens / sous la dir. de Raymond Millot / Lyon : Voies livres , 1998

Comment aider un jeune enfant à apprendre à lire ? [Texte imprimé] / AFL, [Association française pour la lecture] ; [rédigé par Monique Eymard, Yvanne Chenouf, Raymond Millot] / [Paris] : AFL , cop. 1988

Littérature jeunesse :

Le Loup, l’Ours L’éléphant, le crocodile, le Manchot    édition AFL (pseudo Martin Liber)

Les gros mots magiques,  Cinq dimanches complètement fous éd. Syros ( Martin Liber)

 

Le texte de Raymond Millot a été découpé en trois pour plus de lisibilité :

Lire le N° 1

Lire le N°2

 

Avec l’autorisation de publier de Raymond Millot.

 

À la Une

Enseigner, former : une tension

Un texte très important de Pascal Duplessis sur son site Les Trois Couronnes. Nouveaux savoirs, nouvel enseignement, nouvelle pédagogie : Info-documentation, une discipline en devenir ? [Mise en ligne en 2011] à lire sur la page.

Quelques extraits significatifs :

« Pour le philosophe Olivier Reboul, on enseigne (quelque chose) à quelqu’un, tandis qu’on forme (quelqu’un) à quelque chose »

« Dans cette tension, la médiation documentaire correspond bien à l’axe formation, au sens technologique et mécanique du terme, dans la mesure où cette médiation se cantonne à un savoir-faire nécessaire à la réalisation d’un projet qui la dépasse, à savoir l’acquisition de contenus disciplinaires divers et, plus largement, à la construction d’une autonomie dans ce rapport au savoir. En 1982, une circulaire adressée à la vie scolaire a ainsi la naïveté d’affirmer que « l’objectif à atteindre est simple : que l’élève soit pleinement autonome au CDI, donc capable de travailler seul, dès la fin de la cinquième, si ce n’est dès la fin de la sixième. »

Dans les années 90

« Cette réduction du champ de l’information-documentation à la formation de procédures, utilisables par les professeurs des disciplines selon leur bon vouloir, a cantonné le documentaliste dans une posture de technicien auxiliaire occasionnel. »

Le professeur documentaliste alors : « il n’a rien à enseigner ni à évaluer. »

Puis l’avènement du numérique va changer la donne : « en France notamment, une nouvelle approche se dessine autour du concept de culture informationnelle. »[…] approche « fondée sur une épistémologie de l’information-documentation et sur l’instauration de valeurs plus humanistes. »

Dans les années 2000 : « la didactique a permis de tisser des liens solides entre la profession et les sciences de l’information et de la communication. Celles-ci servent alors de référence et de légitimation à l’information-documentation dans son destin disciplinaire. Un projet curriculaire, enfin, est en train de prendre forme qui montre clairement dans quelle direction et à partir de quels repères une matrice disciplinaire peut se constituer1 »

Exemple de séances en partenariat entre professeurs (de disciplines diverses et d’Info-documentation) : « En Lettres et en Histoire, par exemple, qui étudient en commun le siècle des Lumières en 4ème, la rencontre de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert peut être croisée avec l’information-documentation à partir de la question vive des encyclopédies collaboratives en ligne. Ce croisement peut dès lors susciter cette problématique : « de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert à Wikipédia : quelles sont les ruptures et quelles sont les continuités ? » Le concept concret d’encyclopédie est alors traité en tant qu’objet technique dans son histoire propre, ainsi qu’au travers de ses dimensions sociologique, juridique et médiatique. »

‘La seconde articulation reprend quant à elle l’exact cheminement des formations méthodologiques antérieures, inspirées de l’ information literacy, à ceci près que la recherche d’information porte aussi bien sur des objets disciplinaires (en Lettres et en Histoire) que sur des objets info-documentaires, en l’occurrence Wikipédia. »

  • « L’entrée par les usages que nous proposons21 est proche de la perspective actionnelle mise actuellement en œuvre dans l’enseignement des langues. Il s’agit dans les deux cas d’inscrire l’apprentissage dans une perspective d’action située socialement, où l’apprenant est ramené à un statut d’acteur social engagé dans une communication et un environnement donnés et ancrés dans le réel. Pour lui permettre d’entrer dans la culture de l’information, l’apprentissage doit proposer à l’élève des situations où il devra non seulement montrer qu’il sait utiliser avec efficacité des outils documentaires en ligne appropriés, mais encore qu’il sait le faire en toute connaissance de cause et de manière responsable, pour répondre à des besoins d’information relatifs à des thématiques ou à des problématiques informationnelles données. C’est au travers d’un choix d’outils dédiés et emblématiques du web 2.0 qu’il sera conduit – c’est l’objectif premier de la séquence – à explorer et à comprendre la dimension culturelle des objets techniques de l’information, de la documentation et de la communication. »
À la Une

L’Info-documentation : un enseignement

« L’enseignement, qui se donne pour dessein le partage de significations, propose rien de moins que de mettre en signes le monde, que d’offrir à l’enseigné les clés lui ouvrant les portes de celui-ci, en même temps qu’il lui confère un pouvoir qui l’affranchit des entraves résultant de l’ignorance. Cet enseignement nécessite une médiation, qu’elle soit l’œuvre consciente et active de l’enseignant, ou bien qu’elle soit issue de l’usage de documents. L’étymologie de document autorise un tel parallèle, puisque le terme est issu du latin docere signifiant « faire apprendre ». Le maître et le document entrent par conséquent en concurrence dans la transmission du savoir. S’agissant du maître, celle-ci peut s’avérer verticale, descendante et passive si l’on s’en tient à la conception transmissive et scolastique de l’enseignement. Elle peut devenir en revanche transversale, ascendante et active s’agissant du travail sur document. »

Lire sur la page du site Les Trois Couronnes « Nouveaux savoirs, nouvel enseignement, nouvelle pédagogie : Information-documentation, une discipline en devenir ? » [Mise à jour 2011]

livre

Enseigner autrement : de nouvelles méthodes pour ré-inventer l’école publique

Dans un reportage de France24, sont exposées les multiples méthodes dites « innovantes » qui se sont développées non pas… dans l’Education nationale mais dans les écoles privées comme si l’Education nationale tenait à l’écart tout ce qui pourrait la remettre en question.

Il serait grand temps que le public soit capable de se remettre en cause car les pédagogies alternatives sont en train d’être préemptées par le privé qui va en faire un support commercial (la pédagogie Montessori est devenue une bonne affaire) et/ou un outil au service d’un discours réactionnaire (cf. les écoles « Espérance banlieue »)…

Ce qui est montré dans cette vidéo, en vrac : Manipuler, être actif, hors de tout cours magistral… pour mieux intégrer les notions abstraites, cela paraît évident. Mais cela ne se fait pas dans les classes ordinaires de l’éducation nationale à tous les niveaux. Le travail en groupe, les élèves doivent s’entraider. Au lieu de classes par niveau d’âge, des classes multi-âges par cycles (au collège, cycle 3 et cycle 4 et élèves regroupés dans ce nouveau type de classe par compétences, chacun allant à son propre rythme dans une discipline), notes supprimées et remplacées par des évaluations de compétences qui s’adaptent plus finement aux capacités de chaque élève qu’il soit très performant ou « en difficultés ». La classe mutuelle dans un lycée : chacun avance à son rythme et les élèves par petits groupes s’entraident, se donnent des explications mutuellement, le professeur étant là comme ressource que l’on peut appeler à l’aide et il est alors dégagé du cours à toute une classe pour ne se consacrer qu’aux élèves qu’il repère en difficulté. L’école française, on le sait, par rapport aux autres pays, se distingue par sa capacité à reproduire les inégalités sociales. Il y a urgence alors à sortir du cours magistral qui s’adresse à tout le monde uniformément même si les professeurs tentent de s’occuper de chacun mais l’on sait que toujours restent à l’abandon ceux qu’à l’Association Française pour la Lecture (AFL) dont je suis adhérente, on nomme « les cinq derniers ». Urgence à s’occuper par des méthodes renouvelées de ces cinq derniers qui sont dans les classes, y font souvent de la résistance, sont souvent exclus des classes si ce n’est du collège lui-même. Là, je parle du collège et de mon vécu dans mon collège. Il est temps que des méthodes éprouvées même si elles sont contestées à la fois par certains membres du corps enseignant et de tous temps contrecarrées par l’administration (voir l’exemple historique de Célestin Freinet…), soient proposées dans les classes ordinaires de l’Education nationale et non pas seulement hors de ses limites, dans les écoles privées sous contrat ou pas…

Consulter la vidéo ici

Questionnement sur la lecture : enseignement, apprentissage ? Des réflexions à prendre en compte…

Publication du groupe local de la Haute-Loire de l’AFL (Association Française pour la lecture). Titre de la page « Parents, enseignants, on vous ment ». Dominique Vachelard

Lire ci-dessous le pdf du journal Le lIseron n° 37. Quelques citations que j’en retiens :

Une étude de PIRLS : Progress in International Reading Literacy 2016

(Programme International de Recherche en Lecture Scolaire) dont voici les résultats :

« Selon PIRLS-2016, en France (72% atteignent le niveau 2 ; 4% le niveau 4). Ces résultats s’aggravent depuis 2001 : respectivement 77% et 7%. La France est à la 34e et dernière place en Europe. »

Le niveau 2 est le niveau atteint par une grande majorité des élèves sortant du primaire qui savent déchiffrer, comprennent plus ou moins ce qu’ils lisent mais qui n’accèdent pas à une bonne compréhension comme au  « niveau 3 élevé » ni au niveau 4 des compétences remarquables que le numéro du journal explique ainsi pour les élèves peu nombreux qui l’atteignent : « 4%, il s’agit de la frange de population, que l’on peut estimer même à 10% si l’on veut, qui est capable d’utiliser la langue écrite pour ce qu’elle a de spécifique :

  • rapidité de sélection de l’information,
  • accès et prélèvement directs,
  • outil de structuration de la pensée,
  • de transformation de la réalité ,
  • de production de savoirs nouveaux,
  • d’aide à la prise de décisions, etc. »

ce que l’on appelle donc les compétences remarquables, les compétences de la vraie lecture qui s’attache d’abord à comprendre le sens explicite des textes mais également l’implicite. Lecture qui va être demandée de plus en plus à tous les élèves dans les années collège et au lycée. Lecture qui va mettre en difficulté de nombreux élèves si une aide ne leur est pas apportée spécifiquement.

liseron37

 

 

Sur la page du ministère est notée la baisse de performance depuis la dernière évaluation en 2011 : « Les performances basées sur la compréhension de textes informatifs baissent davantage (- 22 points) que celles des textes narratifs (- 6 points). » Il s’agit là d’un autre problème que je connais bien au collège puisque en tant que professeure documentaliste, je le découvre chaque année, lorsque les élèves doivent faire des recherches documentaires sur des textes différents de la fiction, des textes documentaires, informatifs qu’ils soient sur papier ou sur le web. La lecture numérique a en outre, ses spécificités par rapport à l’imprimé qui nécessitent non pas un quelconque déchiffrage mais des lectures sélectives ou approfondies d’une page.  La lecture linéaire, de la page grise n’est plus permise, il faut sans cesse tenir compte de la mise en page, des liens hypertextes, savoir naviguer, la page n’est accessible sur les moteurs que par des mots clés qu’il faut savoir choisir, etc.)

Enfin, il est signalé ceci : « 6 % des élèves français n’atteignent pas le niveau le plus élémentaire de PIRLS ».

Lire la page web du ministère : ICI

L’autorité participative : un modèle très attrayant…

Je lis ce beau texte de Paul Robert, proviseur bien connu pour son livre  La Finlande : un modèle éducatif pour la France ? ESF éditeur, 3ème éd. 2010, et de nombreux articles sur des sujets éducatifs. (Proviseur du lycée polyvalent Jacques Prévert, à Uzès dans le Gard.)

Paul Robert milite pour une « autorité participative » qui part du constat qu’aujourd’hui toute autorité traditionnelle qui tend à s’imposer en infantilisant les élèves, est vouée à l’échec. Je retiens de son texte cette citation :

« Le postulat est cette fois que l’enfant a une appétence naturelle pour le savoir, qu’il faut nourrir et renforcer par des dispositifs adaptés : méthode heuristique, dynamique de projet, travail en groupe… Le cours magistral, mode pédagogique encore ultra-dominant en France, doit être abandonné. Il est d’ailleurs probable que bien des « problèmes d’autorité » auxquels sont confrontés les professeurs proviennent de la perpétuation de ce vestige de l’ancien monde dans un contexte où il n’a manifestement plus sa place et que ces « problèmes » disparaîtraient d’eux-mêmes en adoptant une pédagogie résolument moderne. Autorité participative et pédagogie moderne refusent l’une comme l’autre de continuer à infantiliser l’élève, et font le pari que c’est en lui accordant une large responsabilité dans ses apprentissages comme dans la régulation de la vie collective qu’on lui permettra de devenir l’adulte responsable qu’il est déjà en puissance. »

Un nouveau mode d’organisation de l’école s’impose donc :

« Des communautés apprenantes

« Dans ce modèle, les établissements deviendront des « communautés apprenantes » où chacun, élève comme adulte, détiendra une parcelle du savoir et de l’autorité non pour les imposer mais pour les partager dans une atmosphère d’échange et de collaboration chaleureuse et stimulante. Toutes les ressources du numérique pourront être utilement mises à profit pour un fonctionnement en réseau. Les regroupements physiques ne seront pas figés mais répondront aux besoins de chacun. Quant à l’emploi du temps il sera modulable à volonté : les séquences d’apprentissage individuel tuteuré alterneront avec des plages de travail en groupe sur des projets pédagogiques et avec des journées consacrées à la réalisation de chantiers collectifs donnant pleinement sens aux connaissances à acquérir. L’établissement, ouvert sur son environnement, sera ainsi un foyer d’expériences vivantes où s’inscriront de façon harmonieuse et cohérente les apprentissages fondamentaux dont le référentiel sera toujours fixé nationalement mais dont l’évaluation se fera au gré de la progression de chaque élève et à sa demande uniquement.

Utopie ? Il serait à mon sens beaucoup plus utopique de croire que notre système rigide, centralisé et sclérosé, générateur d’échec, de mal-être et de violence pourra longtemps perdurer en cherchant vainement à rafistoler la statue croulante d’une autorité héritée d’une époque définitivement révolue. »

Lire l’article sur cette page.

LA TRANSITION ECOLOGIQUE DOIT MOBILISER LE SYSTEME EDUCATIF (2)

Suite du texte de Raymond Millot, militant des mouvements pédagogiques AFL et GFEN :

« il est, pour le moins, choquant de voir avec quel manque d’empressement des rencontres aussi importantes que les conférences climatiques abordent les questions liées à l’éducation et à la formation ».

Manifeste «Pour vivre ensemble à dix milliards…. » (*)

L’observation indignée  qui ouvre le manifeste écrit en 2014 et publié en 2015, nécessite une analyse politique. Nous ne chercherons pas ici à interpeller les hautes personnalités politiques qui organisent ces rencontres puis retournent aux préoccupations économiques et financières qu’ils estiment prioritaires pour leur carrière.

Nous nous adressons aux citoyens, militants associatifs et politiques qui initient très concrètement la « transition écologique » dans de multiples secteurs, agriculture, distribution, transports, énergies, santé, démographie, ZAD… et qui estiment qu’un changement de paradigme doit aussi concerner l’éducation.

PETIT RAPPEL HISTORIQUE

  • L’éducation était au cœur des réflexions des premiers socialistes. Fourrier envisageait « l’enseignement intégral, qui prend en compte le corps, l’esprit et la vie sociale ». Proudhon s’en réclamait aussi et imaginait « l’école atelier ». Idées qu’Edouard Vaillant a tenté de mettre en œuvre sous la Commune. Ces hommes et avec eux, Louise Michel estimaient qu’« aucune éducation émancipatrice n’est possible sous le capitalisme ».
  • L’ensemble de ces réflexions et les différentes expériences (Francisco Ferrer, Paul Robin, Sébastien Faure, Célestin Freinet…) s’inscrivaient dans la perspective d’une révolution, la société socialiste étant considérée inscrite dans le sens de l’Histoire…
  • A la sortie de la Grande Guerre, des rescapés dont Freinet faisait partie, clamaient « plus jamais ça», et fondaient l’existence d’une société pacifique sur le projet « international » d’une « Education Nouvelle » (L.I.E.N.).
  • Vingt-ans plus tard, le Conseil National de la Résistance, dans le même esprit entendait mettre en œuvre le plan LangevinWallon. Les premières réalisations, 180 « classes nouvelles » n’ont pas eu de suite, le climat politique ayant changé…

Ainsi, aux XIXème et XXème siècles, des militant-e-s politiques et des pédagogues se sont efforcés de prévoir ou expérimenter un système éducatif pour la nouvelle société que la situation historique permettait d’espérer et pour laquelle ils et elles s’engageaient.

    Au XXIème siècle, les espoirs d’une nouvelle société a laissé place à une certitude : l’entrée dans l’anthropocène irréversible et ses conséquences imposent un changement radical de paradigme. Il s’agirait donc, aujourd’hui et à notre tour, de définir les grandes lignes d’un projet éducatif approprié à ce changement.

 ETAT DES LIEUX

  •     Le système éducatif français se réfère toujours à Jules Ferry. Ce ministre de la IIIe République avait pour but, selon ses mots, de « clore l’ère des révolutions » que la Commune de Paris venait à son tour d’entrouvrir. En 1879, parlant des écoles confessionnelles, il déclare : « (…) il est à craindre que d’autres écoles ne se constituent, ouvertes aux fils d’ouvriers et de paysans, où l’on enseignera des principes totalement opposés, inspirés peut-être d’un idéal socialiste ou communiste emprunté à des temps plus récents, par exemple à cette époque violente et sinistre comprise entre le 18 mars et le 24 mai 1871 ».
  • La révolution industrielle avait besoin d’un peuple alphabétisé. Il s’agissait aussi de former des futurs citoyens  respectueux de la propriété, des patriotes se préparant à la guerre de « revanche » contre la Prusse…« Ceux qui sont morts pour la France aux combats ou des suites de leurs blessures représentent environ 1 325 000 hommes » (Antoine Prost)
  • Aujourd’hui, il s’agit avant tout de préparer la main-d’œuvre dont a besoin l’économie de marché et de produire des « premiers de cordée » issus, selon les sociologues, des couches sociales privilégiées.
  • Il n’est plus possible de nier le rôle de l’école dans la reproduction sociale comme l’ont démontré les sociologues Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron.

LES ALTERNATIVES

  • Les alternatives du premier type avaient pour horizon une société en rupture avec les « valeurs » capitalistes : individualisme, concurrence, culte de l’argent, consommation…

Celles explorées au début du XX° siècle (Ferrer, Faure, Robin), après la guerre de 14-18 (Freinet), après celle de 39-45 (Monod), les classes Freinet, GFEN etc. les recherches-action avant et après 68, toutes étaient à volonté émancipatrice, très minoritaires et de ce fait plus ou moins tolérées.

Le raidissement du système capitaliste provoque en 2018 une vague politique réactionnaire, et une régression pédagogique et éducative devant laquelle on semble se résigner.

  • Les alternatives du second type devraient intégrer les perspectives dramatiques de l’anthropocène, tout en poursuivant le projet émancipateur.

Elles ont du mal à naître et se heurtent à la « dissonance cognitive » qui affecte le grand public, alors que les informations inquiétantes lui parviennent, et à la procrastination des responsables politiques qui pourtant connaissent l’urgence des décisions à prendre.

Un projet alternatif a néanmoins été formulé à la veille de la COP 21

dans un manifeste

                      « Pour vivre ensemble à dix milliards, changeons l’éducation »

Un appel de plusieurs personnalités

   Une douzaine de personnalités, dont Michèle Rivasi, Philippe Meirieu, y affirment la nécessité « (d’)une éducation intégrale et durable qui, au lieu de perpétuer les schémas de pensée qui nous condamnent à un développement insoutenable, formerait, à l’école et tout au long de la vie, des femmes et des hommes émancipés, innovants, conscients de leurs res­ponsabilités et de leurs choix, solidaires de tous les autres et attentifs à préserver leur résidence commune, la Terre. »

« Ce n’est plus d’un compétiteur dont nous avons besoin, mais bien d’un individu libre, émancipé, créatif, autonome, capable de construire des stratégies de vie fondées sur la solidarité et la coopération dans une claire compréhension des enjeux environnementaux, sociaux, culturels, politiques, scientifiques, techniques et éthiques ».

« La transition écologique doit mobiliser le système éducatif » Un nouvel appel

    Cet autre appel utilise un argument plus facile à entendre : ce sont les enfants et les jeunes qui nous entourent qui vont devoir affronter, non seulement la montée démographique mais aussi toutes les conséquences de la crise climatique, du productivisme irresponsable, des pollutions, etc.

Les militants qui le soutiennent partagent les objectifs éducatifs évoqués dans le manifeste qu’ils ont déjà su mettre en pratique.

  • « Vivre à l’école en citoyen », « transformer le statut de l’enfant », c’est en effet contribuer au projet émancipateur.
  • Pédagogie du projet, transversalité disciplinaire, chef-d’œuvre pédagogique…, c’est mettre en œuvre la pensée systémique préconisée par Edgar Morin.

En revanche, ils estiment que l’objectif « changer l’école » qu’ils ont longtemps et sans succès préconisé, est aujourd’hui dépassé. Si des « rencontres », comme la COP 21, s’en préoccupaient comme souhaité, il est vraisemblable qu’elles émettraient des recommandations purement incitatives. Leurs organisateurs ne peuvent en effet ignorer que l’organisation des systèmes éducatifs relève de l’autorité de chaque Etat qui entend par nature reproduire l’ordre établi…

Il ne s’agit donc plus de changer l’école mais de changer le paradigme régissant l’éducation.

Le concept « société éducatrice » a fait l’objet d’une approche expérimentale, dans la durée, sans engendrer une évolution du système scolaire.

Il n’est évidemment pas à l’ordre du jour, cependant, dans ce « vieux monde (qui) se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres » Antonio Gramsci

… et apparaissent aussi des idées et des pratiques prometteuses, hier Lipp et le Larzac, de nos jours, Greenpeace, ATTAC, Colibri, Aquarius, Alternatiba, ZAD (à compléter).

SOCIETE EDUCATRICE : UN CHANTIER QU’IL S’AGIRAIT D’OUVRIR

« La politique réelle consiste à refuser le problème posé par l’adversaire et à imposer le sien propre » ( Alain Badiou)

Les techniciens de la pédagogie et de l’enseignement n’y seraient nullement appelés à disparaître. Avec l’aide des Sciences de l’Education, des associations pédagogiques, des syndicats, et selon un processus de recherche-action, ils devraient définir progressivement leur rôle dans un processus généralisé de coéducation, et vraisemblablement élargir leurs actions au profit de l’Education Populaire.

Les locaux scolaires se reconvertiraient partiellement et connaîtraient le plein emploi.

LES ACQUIS DE L’EXPERIENCE

  •    Déjà, « l’ouverture de l’école » systématisée et avant elle, les explorations, les enquêtes, initiées par Freinet, l’Education Nouvelle, etc., ont montré ce que ce concept peut apporter.
  • Le chef de chantier de l’immeuble en construction, le souffleur de verre, le maraîcher, qui reçoivent des enfants donnent des explications, répondent aux questions préparées ou spontanées. Dans telle ou telle municipalité, des employés municipaux, techniciens des canalisations souterraines, architectes chargés d’aménager un espace concernant les enfants, technicien des économies d’énergie ont vu cette fonction éducatrice intégrée dans leur temps de travail.
  • Les centres de loisirs éducatifs, mais aussi des classes, s’intéressent au développement durable, au recyclage, aux différentes innovations présentes dans la commune. Là encore des adultes extérieurs à l’école deviennent, peu ou prou, des coéducateurs.
  • La pédagogie du projet entraîne les enfants à percevoir les interactions complexes qui se produisent dans la vie sociale, le travail adulte, les administrations, la commune, les lois et règlements, les lois de la nature, de la physique. D’une manière encore mal établie, les enfants abordent ainsi le mode de pensée systémique.
  • Quand les travaux des élèves font l’objet d’une présentation aux parents, un dialogue peut contribuer, plus ou moins volontairement à faire évoluer les conceptions éducatives des parents et même le statut des enfants.
  • En Belgique la pratique du chef-d’œuvre pédagogique systématise cette pratique et joue le rôle d’un certificat de fin de cycle primaire.
  • Au lycée (cf. Le Corbusier à Aubervilliers) il arrive que les élèves de terminale présentent leurs travaux personnels sur un sujet de leur choix mettant en action cette pensée systémique, se préparant ainsi aux études supérieures …
  • Ouverture et projets restent encore à la marge car les programmes dont dépend la réussite aux examens restent prioritaires et laissent peu de temps pour ces travaux formateurs.

Toutes ces pratiques rendent explicitent l’idée, objet de controverses, que le savoir se construit (avec l’aide de celles et ceux qui le maîtrisent et qui  transmettent leur savoir, au moment opportun).

DES « EXPERIENCES DE DESOBEISSANCE CIVIQUE » OUVRENT DES PERSPECTIVES

Geneviève Azam, porte-parole d’ATTAC (interview POLITIS) considère :

  • que la «culture politique nouvelle qui se cherche ne peut être séparée des expériences concrètes, incarnées… (Le) sursaut de conscience dont nous avons besoin passe aussi par un rapport sensible au monde, qui nous engage à la fois intellectuellement et physiquement.»,
  • que les actions d’Attac qui « renouvellent les expériences de désobéissance civique » permettent ce sursaut de conscience.

La ZAD de Notre-Dame des Landes illustre bien ce type d’expériences concrètes. La notion de « biens communs » s’y affirme, une « réelle vie démocratique » s’y invente, la vie intellectuelle y est intense (bibliothèque, concerts, conférences…). La proposition de société éducatrice y serait parfaitement imaginable.

La remise en question de la division du travail et le choix de la sobriété matérielle y libèrent suffisamment de temps pour les nombreux adultes s’impliquant dans ce projet de « société éducatrice ». Des enseignants dissidents pourraient y inventer leur nouvelle fonction, tout en exerçant d’autres activités …

Dix-sept intellectuels (dont David Graeber et Bruno Latour) rassemblés par Jade Lindgaard s’expriment dans « Eloge des mauvaises herbes, ce que nous devons à la Zad » (éd. Les Liens qui Libèrent), sur cette expérience de désobéissance civique. L’idée de Société Educatrice pourrait les intéresser…  (la Zad) « attire de nombreux jeunes gens désireux d’y construire une vie remplie de sens … des enfants y naissent…une crèche associative a été mise en place…la question de l’école se posera bientôt pour les plus grands. » constate Wilfrid Lupano, et John Jordan énumère les activités, outre les constructions (70 lieux de vie) l’agriculture bio, l’élevage, l’entretien de la forêt, la connaissance des champignons « boulangerie, culture de plantes médicinales, fabrication de camembert, radio pirate, studio d’enregistrement, ateliers de fabrication de pâtes, forge, système judiciaire, bibliothèque, phare (!) ». L les coéducateurs potentiels ne manqueraient pas.

D’autres expériences subversives existent et devraient se multiplier…

Il n’est donc pas totalement utopique de vouloir approfondir la logique de ce projet.

 

CHANGEMENT DE PARADIGME, MISE EN CHANTIER

J’ai rassemblé ici des idées qu’il conviendrait de discuter avant toute mise en forme.

1/ L’éducation « bien commun »

  • cesse d’être le monopole de l’Etat et/ou d’entreprises privées pour devenir un « bien commun» au même titre que l’air, l’eau, la terre
  • Objectifs éducatifs : émancipation individuelle et collective, pensée systémique, rapport avec le travail réel et contribution à la sauvegarde de la planète et de la vie civilisée, à la transition écologique

2/« Société éducatrice »

  • L’éducation devient « l’affaire de tous», les spécialistes de la pédagogie et de la transmission des savoirs conjugueront leur action, dans des projets, avec celle des coéducateurs naturels (les parents) et des porteurs de savoirs (les professionnels de l’industrie, de l’agriculture, de la santé, de la culture…)
  • La rupture avec la division du travail est rendue objectivement possible grâce au temps libéré par les machines, par l’informatique et les robots

3/ Constitution

  • Ces deux concepts pourraient y figurer, au même titre que les Droits de l’Homme et limiter sinon rendre impossible la reproduction de l’ordre établi
  • Comparaison possible avec la séparation des pouvoirs qui rend la justice relativement indépendante ?

4/ L’impératif sobriété

  • impose une rupture avec le capitalisme, le productivisme, la consommation, un examen du rééquilibrage entre nations « avancées » et le reste du monde…

5/ Des recherches-action

  • comme celles de la ZAD NDL permettent-elles de préfigurer les 3 objectifs ?

6/ Les peuples auraient besoin d’un « récit »… d’où l’idée d’une fiction réaliste , se déroulant dans une ZAD, où seraient mis en œuvre cette société éducatrice en faveur de l’éducation comme bien commun. Un peu à l’image de la fiction bien sage « C’est arrivé demain »

 

Raymond Millot. 29 juillet 2018

 

N.B. Peut-être faut-il aussi préciser pour les camarades assez nombreux qui sont en mesure de comprendre ce changement mais qui estiment que le capitalisme doit préalablement être défait, que celui-ci est objectivement condamné par l’obligation de cesser la course au profit, à la croissance, et par la raréfaction des ressources disponibles…aggravée par le réchauffement. Y compris la croissance de l’énergie renouvelable tributaire des « terres rares » qui elles aussi s’épuisent

MILLOT, Raymond : « LA TRANSITION ECOLOGIQUE DOIT MOBILISER LE SYSTEME EDUCATIF »  octobre 2017

rr.millot@wanadoo.fr

Le texte de Raymond Millot a été découpé en trois parties pour plus de lisibilité.

Lire le N°1

Lire le N°3

Bibliographie

Une voie communautaire : les écoles de la Villeneuve de Grenoble / par Rolande et Raymond Millot ; préface de Bertrand Schwartz / [Paris] : Casterman , impr. 1979

Lire de zéro à 5 ans [Texte imprimé] : dossier / Monique Eymard, Yvanne Chenouf, Raymond Millot / Paris : AFL , cop. 1988

Émancipation : avenir d’une utopie : perspectives éducatives pour une société en mutation / Raymond Millot / Lyon : Voies livres , 1997

Vivre à l’école en citoyens / sous la dir. de Raymond Millot / Lyon : Voies livres , 1998

Comment aider un jeune enfant à apprendre à lire ? [Texte imprimé] / AFL, [Association française pour la lecture] ; [rédigé par Monique Eymard, Yvanne Chenouf, Raymond Millot] / [Paris] : AFL , cop. 1988

Littérature jeunesse :

Le Loup, l’Ours L’éléphant, le crocodile, le Manchot    édition AFL (pseudo Martin Liber)

Les gros mots magiques,  Cinq dimanches complètement fous éd. Syros ( Martin Liber)

 

 

(*) Le Manifeste

« Pour vivre ensemble à 10 milliards, changeons l’éducation »

  • Collectif Paris-Education 2015. Ecole, changer de cap. Réussite scolaire et réussite humaine. [MAJ 2015] Consulté le 8/08/2018 sur  Sur le site du Manifeste

 

  • Le manifeste n’est plus téléchargeable. On peut le commander sur
  •  Manifeste pour une éducation à la citoyenneté planétaire du Collectif Paris-Education 2015, Editions Les Amis de Circée, 2015, 10 €

 

Avec l’autorisation de publier de Raymond Millot.

LA TRANSITION ECOLOGIQUE DOIT MOBILISER LE SYSTEME EDUCATIF (1)

SI LA TRANSITION ECOLOGIQUE

CONSTITUE POUR VOUS UNE URGENCE

CE PREMIER TEXTE VOUS CONCERNE

Vous êtes nécessairement conscient-e-s que ce sont nos enfants et petits-enfants qui vont devoir affronter un avenir pour le moins difficile et inventer des alternatives.

La transition écologique exige des « changements de paradigme »

dans de nombreux domaines

y compris celui de l’éducation !

Les « obstacles » au changement sont nombreux et très enracinés.

Le « nouveau modèle » éducatif doit lui aussi

« être très robuste pour remettre en cause le précédent » !

Ce texte rassemble de nombreux éléments qui témoignent

qu’un changement de paradigme éducatif est possible, souhaitable,

qu’il a des bases historiques et expérimentales.

Il a l’ambition de provoquer une réflexion collective, impliquant parents, enseignants, sociologues, psychologues, historiens, scientifiques, chercheurs.

Il porte aussi l’espoir que le projet qui en sortira trouvera des applications concrètes au cours des diverses actions expérimentant ou réalisant la transition écologique.

 

Selon WIKIPEDIA : « Les révolutions scientifiques entraînent des changements de paradigme qui exigent du temps pour pénétrer la communauté scientifique, car le nouveau modèle proposé doit vaincre les obstacles épistémologiques et être très robuste pour remettre en cause le précédent ».

 Collectif. Paradigme. [2018] https://fr.wikipedia.org/wiki/Paradigme

 

Texte de Raymond Millot N° 1. Viendront ensuite le N°2 et le N°3. Texte complet découpé en trois parties pour des raisons de lisibilité.

Lire le N°2

Lire le N°3

rr.millot@wanadoo.fr

Bibliographie

Une voie communautaire : les écoles de la Villeneuve de Grenoble / par Rolande et Raymond Millot ; préface de Bertrand Schwartz / [Paris] : Casterman , impr. 1979

Lire de zéro à 5 ans [Texte imprimé] : dossier / Monique Eymard, Yvanne Chenouf, Raymond Millot / Paris : AFL , cop. 1988

Émancipation : avenir d’une utopie : perspectives éducatives pour une société en mutation / Raymond Millot / Lyon : Voies livres , 1997

Vivre à l’école en citoyens / sous la dir. de Raymond Millot / Lyon : Voies livres , 1998

Comment aider un jeune enfant à apprendre à lire ? [Texte imprimé] / AFL, [Association française pour la lecture] ; [rédigé par Monique Eymard, Yvanne Chenouf, Raymond Millot] / [Paris] : AFL , cop. 1988

Littérature jeunesse :

Le Loup, l’Ours L’éléphant, le crocodile, le Manchot    édition AFL (pseudo Martin Liber)

Les gros mots magiques,  Cinq dimanches complètement fous éd. Syros ( Martin Liber)

 

Avec l’autorisation de publier de Raymond Millot.